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Tutelle, curatelle, sauvegarde de justice : comprendre les 3 mesures

Tutelle, curatelle, sauvegarde de justice : différences, procédures, coûts et erreurs à éviter. Guide pratique 2026 pour les familles et aidants.

Sarah AubertSarah Aubert 19 min de lecture
Tutelle, curatelle, sauvegarde de justice : le guide
#FreeBritney : la sauvegarde de justice, la tutelle et la curatelle, c'est quoi?

La sauvegarde de justice, la curatelle et la tutelle sont trois mesures judiciaires de protection d'un majeur vulnérable, classées de la moins contraignante à la plus lourde. La sauvegarde de justice (1 an maximum) permet au majeur d'agir seul mais ses actes peuvent être contestés après coup. La curatelle instaure une assistance obligatoire pour les actes importants, le majeur restant autonome pour les actes courants. La tutelle confie la représentation totale du majeur à un tuteur qui agit en son nom. Le juge choisit la mesure la moins lourde possible, conformément au principe de subsidiarité (article 425 du Code civil).

Pour mieux comprendre ces mesures, n'hésitez pas à consulter notre guide complet sur la définition tutelle et curatelle 2026 : différences.

La tutelle, la curatelle et la sauvegarde de justice forment trois régimes de protection judiciaire d'un majeur vulnérable, classés du plus léger au plus contraignant. Leur point commun : elles ne peuvent être prononcées que si l'altération des facultés mentales ou corporelles du majeur est médicalement constatée, et qu'aucune solution moins lourde ne suffit : c'est le principe de subsidiarité posé par l'article 425 du Code civil. Ce guide part du degré d'autonomie restant de votre proche pour vous aider à comprendre quelle mesure correspond à sa situation, et comment l'articuler avec l'habilitation familiale ou le mandat de protection future.

Comparatif en un coup d'œil

Cliquez sur un en-tête de colonne pour trier.

MesureDegré de contrainteQui décide ?Durée maximaleActes concernésAlternative non judiciaire
Sauvegarde de justiceFaible (protection temporaire)Le majeur agit seul, mais ses actes peuvent être contestés1 an, renouvelable une foisActes graves pouvant être annulés ou réduits a posterioriNon (mesure judiciaire)
Curatelle simpleMoyen (assistance)Le majeur agit seul pour les actes courants, avec l'assistance du curateur pour les actes importants5 ans, renouvelableActes de disposition (vente, emprunt) : assistance obligatoire. Actes d'administration : seulHabilitation familiale (si famille unie)
Curatelle renforcéeÉlevé (assistance renforcée)Le curateur perçoit les revenus et règle les dépenses ; le majeur est assisté pour tous les actes importants5 ans, renouvelableGestion des comptes par le curateur. Actes de disposition : assistance obligatoireHabilitation familiale (si famille unie)
TutelleMaximal (représentation)Le tuteur représente le majeur pour tous les actes de la vie civile5 ans (ou 10 ans si l'état du majeur est irréversible), renouvelableTous les actes : le tuteur agit au nom et pour le compte du majeurHabilitation familiale (si famille unie et apte)
Habilitation familialeVariable (sur mesure)La personne habilitée (proche) agit selon l'étendue fixée par le juge10 ans, renouvelableDéfinis par le juge : de l'assistance ponctuelle à la représentation totaleOui (c'est l'alternative principale aux mesures judiciaires classiques)

Afin de saisir pleinement les nuances entre ces régimes, il est essentiel de connaître la différence entre tutelle et curatelle.

Ce que recouvrent les 3 mesures de protection juridique d'un majeur

Ces trois mesures judiciaires partagent un fondement commun : protéger un majeur dont les facultés mentales ou corporelles sont altérées, tout en respectant le plus possible son autonomie.

La sauvegarde de justice est la plus légère. Elle permet au majeur de continuer à accomplir seul tous les actes de la vie civile, mais ceux-ci peuvent être annulés ou réduits s'ils lui portent préjudice. C'est une mesure temporaire, d'une durée maximale d'un an renouvelable une fois (article 433 du Code civil).

La curatelle instaure un régime d'assistance : le majeur agit seul pour les actes de la vie courante (actes d'administration), mais doit être assisté de son curateur pour les actes de disposition (vente d'un bien, souscription d'un emprunt). Elle dure 5 ans maximum, renouvelable.

De plus, il est crucial de comprendre exactement qui décide de mettre une personne sous tutelle ou curatelle pour initier correctement la procédure.

La tutelle est la mesure la plus contraignante. Le tuteur représente le majeur pour l'ensemble des actes de la vie civile : il agit en son nom et pour son compte. Elle est prononcée lorsque le majeur n'est plus en état de pourvoir seul à ses intérêts.

📌 Important : Le juge des contentieux de la protection (ancien juge des tutelles) ne peut ordonner l'une de ces mesures que si deux conditions sont réunies : l'altération des facultés est médicalement constatée, et aucune autre solution moins contraignante (mandat de protection future, habilitation familiale, règles du droit commun) ne suffit à protéger le majeur. C'est le double principe de nécessité et de subsidiarité, pierre angulaire de la loi du 5 mars 2007 réformant la protection juridique des majeurs.

Dans les faits, ces mesures forment une gradation : le juge opte pour la moins lourde au regard de l'état de la personne. Une sauvegarde de justice peut précéder l'ouverture d'une curatelle, elle-même pouvant évoluer vers une tutelle si l'altération s'aggrave.

La sauvegarde de justice : protection temporaire d'urgence

La sauvegarde de justice est une protection d'urgence, immédiate et temporaire. Elle s'adresse à un majeur qui a besoin d'être protégé ponctuellement sans être immédiatement dépossédé de ses droits. Concrètement, le majeur conserve l'exercice de ses droits : il signe seul ses contrats, gère ses comptes, vote, se marie. Mais tout acte qu'il accomplit peut être annulé ou réduit pour lésion s'il s'avère contraire à ses intérêts. Cette mesure prend fin à l'issue d'un an, renouvelable une fois, ou dès qu'une curatelle ou une tutelle est ouverte.

La mise en place peut suivre deux voies : une déclaration médicale au procureur de la République (procédure rapide) ou une décision du juge des contentieux de la protection dans l'attente d'une curatelle ou tutelle.

La curatelle : assistance pour les actes importants

Sous curatelle, le majeur accomplit seul les actes de la vie quotidienne : achats courants, gestion de son compte bancaire, déclarations administratives. Pour les actes plus graves : vendre un bien immobilier, contracter un emprunt, accepter une succession : l'assistance du curateur est obligatoire. Ce régime existe en deux versions : la curatelle simple et la curatelle renforcée (détaillées plus loin).

La durée maximale est de 5 ans, renouvelable par le juge. Le curateur peut être un proche (curatelle familiale) ou un mandataire judiciaire à la protection des majeurs (MJPM) désigné par le juge.

La tutelle : représentation totale du majeur

La tutelle est prononcée lorsque le majeur n'est plus en mesure d'agir seul, même pour les actes de la vie courante. Le tuteur le représente intégralement : il accomplit tous les actes en son nom et pour son compte. Le majeur sous tutelle ne peut pas voter (depuis la loi du 23 mars 2019, le juge peut toutefois maintenir ce droit), ni se marier sans autorisation du juge ou du conseil de famille.

La durée est de 5 ans, portée à 10 ans si l'état du majeur apparaît irréversible. Le tuteur rend compte annuellement de sa gestion au juge via un compte de gestion. Cette charge peut être confiée à un proche ou à un mandataire judiciaire.

Tableau comparatif tutelle, curatelle et sauvegarde de justice

Ce tableau permet une lecture rapide du degré de contrainte, de la marge d'autonomie laissée au majeur et de la durée de chaque mesure. L'habilitation familiale y figure comme alternative non judiciaire, sur mesure, décidée par le juge mais sans instaurer de curatelle ni de tutelle.

Sur le même sujet, notre article personne sous curatelle droits et démarches en 2026 complète cette analyse.

Le comparateur interactif ci-dessous détaille ces cinq régimes. Pour une analyse approfondie des différences entre chaque mesure, consultez notre tableau comparatif tutelle curatelle.

Le point clé à retenir : plus l'altération des facultés est sévère, plus la mesure est contraignante. Mais le juge doit toujours rechercher la solution la moins lourde adaptée à l'état de la personne. Une personne âgée présentant des troubles cognitifs légers relève rarement de la tutelle ; une curatelle simple ou une habilitation familiale suffit souvent.

Pour un examen plus approfondi des implications pour les proches, découvrez les différences entre tutelle et curatelle pour un proche.

Différence tutelle, curatelle, sauvegarde de justice : le degré de contrainte expliqué

Au quotidien, la différence entre ces trois mesures se joue sur des actes très concrets : ouvrir un compte bancaire, vendre son logement, se marier, voter. Voici ce que chaque régime permet ou interdit.

Prenons un cas concret. Mme D., 78 ans, vit seule à son domicile. Ses enfants constatent qu'elle oublie de payer certaines factures et qu'elle a récemment signé un devis de rénovation de toiture pour 12 000 € sans en mesurer la portée. Le médecin traitant diagnostique des troubles cognitifs légers. À ce stade, une sauvegarde de justice peut suffire : elle protège Mme D. contre les conséquences de ses actes sans la priver de son autonomie. Si l'état s'aggrave et que Mme D. devient incapable de gérer ses revenus, une curatelle renforcée permettra à son curateur de percevoir ses ressources et de régler ses dépenses courantes. En cas de perte d'autonomie totale, la tutelle sera envisagée.

💡 À noter : Le dépôt de la requête en protection juridique coûte 192 € (service-public.gouv.fr, 2026). Le certificat médical circonstancié, obligatoire, est facturé par le médecin agréé et n'est pas remboursé par la Sécurité sociale.

Sauvegarde de justice : ce que le majeur peut encore faire seul

Sous sauvegarde de justice, le majeur agit seul. Il conserve l'exercice de tous ses droits : gérer ses comptes, signer un bail, acheter, vendre, voter, se marier. La protection est indirecte : si un acte lui cause un préjudice, ses proches ou le curateur désigné peuvent en demander l'annulation ou la réduction pour lésion.

Cette particularité est souvent mal comprise. La sauvegarde de justice n'empêche pas le majeur de dilapider son patrimoine ; elle permet seulement d'en contester les effets après coup. Pour les familles confrontées à un proche qui risque des actes graves et immédiats, une curatelle ou une tutelle est plus protectrice. La mesure prend fin automatiquement au bout d'un an, renouvelable une fois (article 439 du Code civil).

Curatelle simple vs curatelle renforcée : deux niveaux d'assistance

La curatelle simple laisse au majeur la gestion de ses affaires courantes : achats quotidiens, opérations bancaires usuelles, démarches administratives. Le curateur intervient uniquement pour les actes de disposition : vente immobilière, emprunt, acceptation de succession, donation. Sans son assistance, l'acte est nul.

La curatelle renforcée va plus loin. Le curateur perçoit les revenus du majeur, règle ses dépenses et gère ses comptes bancaires. C'est le régime adapté à une personne qui ne peut plus gérer son budget mais conserve une certaine autonomie pour les décisions personnelles. Cette distinction est prévue par l'article 472 du Code civil. Dans les deux cas, le majeur sous curatelle vote et peut se marier sans autorisation préalable (le curateur doit simplement être informé).

Tutelle : quand la représentation est totale

Sous tutelle, le tuteur se substitue entièrement au majeur pour tous les actes de la vie civile. Cela inclut la gestion du patrimoine, les décisions médicales, le choix du lieu de vie. Le majeur ne peut pas voter, sauf si le juge en décide autrement (loi du 23 mars 2019). Le mariage est soumis à l'autorisation du juge ou du conseil de famille.

Le tuteur doit établir un compte de gestion annuel, contrôlé par le juge. Pour les actes les plus graves (vente du logement, renonciation à une succession), il doit obtenir l'autorisation préalable du juge. Cette lourdeur procédurale est le prix de la protection maximale. C'est pourquoi, lorsque l'état du majeur est irréversible, le juge peut fixer la durée de la tutelle à 10 ans au lieu de 5.

Comment demander l'ouverture d'une mesure de protection : la procédure pas à pas

La procédure d'ouverture d'une mesure de protection suit des étapes précises. Elle débute par une requête déposée au tribunal judiciaire du lieu de résidence du majeur à protéger et s'achève par le jugement du juge des contentieux de la protection.

Le dépôt de la requête est gratuit. Le coût de 192 € mentionné par service-public.gouv.fr correspond aux frais de la procédure elle-même (droit de timbre), mais le certificat médical circonstancié et l'éventuel accompagnement par un avocat restent à la charge du demandeur. Pour toute question sur l'accompagnement juridique, vous pouvez consulter notre guide sur l'accompagnement d'un avocat spécialisé en tutelle et curatelle.

⚠️ Attention : la requête n'est recevable que si elle est accompagnée d'un certificat médical circonstancié, établi par un médecin agréé inscrit sur une liste tenue par le procureur de la République. Ce certificat doit décrire précisément l'altération des facultés du majeur et son degré d'autonomie. Un simple certificat du médecin traitant ne suffit pas.

Qui peut saisir le juge des contentieux de la protection ?

La saisine du juge des contentieux de la protection peut être demandée par : le majeur lui-même, son conjoint (époux, partenaire de Pacs, concubin), un parent ou un allié, le procureur de la République, ou toute personne entretenant des liens étroits et stables avec le majeur. Le majeur à protéger est informé de la requête et a le droit d'être entendu par le juge, sauf si son état de santé rend cette audition impossible (certificat médical à l'appui).

La requête est déposée au greffe du tribunal judiciaire du domicile du majeur. Elle expose les faits justifiant la demande et est accompagnée du certificat médical circonstancié. Le juge instruit le dossier et peut ordonner une enquête sociale.

Le certificat médical circonstancié : pièce clé du dossier

Le certificat médical circonstancié est la pièce maîtresse du dossier. Il doit être établi par un médecin agréé, figurant sur la liste tenue par le procureur de la République près le tribunal judiciaire. Ce médecin examine le majeur et décrit avec précision l'altération de ses facultés mentales ou corporelles, son degré d'autonomie, et l'évolution prévisible de son état.

Le coût de cette consultation est à la charge du demandeur. Les honoraires varient selon le praticien et ne sont pas remboursés par l'Assurance maladie. Le certificat doit dater de moins de 6 mois au moment du dépôt de la requête. Sans ce document, la requête est irrecevable.

Déroulement de l'audience et désignation du tuteur ou curateur

Le juge convoque le majeur à une audience, sauf si son état médical le contre-indique. Il entend également le demandeur et, si possible, les proches. L'audience se tient à huis clos. Le juge peut ordonner une enquête sociale ou solliciter l'avis d'un médecin expert.

À l'issue de l'audience, le jugement est rendu. Il désigne la mesure (sauvegarde, curatelle ou tutelle), le protecteur (curateur, tuteur) et fixe la durée de la mesure. Le protecteur peut être un membre de la famille ou un mandataire judiciaire à la protection des majeurs. Le jugement est notifié au majeur protégé et au protecteur désigné. Il est également transmis au procureur de la République pour inscription au répertoire civil. Les voies de recours (appel) sont possibles dans un délai de 15 jours.

L'erreur courante à éviter : confondre sauvegarde de justice et curatelle (et ses conséquences)

L'erreur la plus fréquente que commettent les familles : demander une sauvegarde de justice en pensant qu'elle bloque automatiquement tous les actes du majeur, notamment une vente immobilière ou une donation précipitée. Or c'est faux.

Sous sauvegarde de justice, le majeur conserve l'exercice de ses droits. Il peut signer seul un compromis de vente, retirer une somme importante, souscrire un crédit. La protection est indirecte : l'acte reste valable, mais il peut être attaqué après coup par une action en rescision pour lésion (si le prix est dérisoire) ou en nullité (si l'acte est contraire à l'intérêt du majeur).

La conséquence est lourde. Une fois l'acte signé, la famille doit engager une procédure judiciaire pour le faire annuler, avec les délais, les frais et l'incertitude que cela implique. Si le bien a déjà été revendu à un tiers de bonne foi, l'annulation devient quasi impossible.

Pour une personne âgée qui risque de signer un acte de vente de son logement sous l'influence d'un tiers mal intentionné, une curatelle renforcée ou une tutelle s'impose. Ces deux mesures empêchent en amont la signature d'un acte grave sans l'intervention du protecteur. Elles protègent avant que le dommage ne soit fait, là où la sauvegarde de justice ne permet que de réparer.

💡 À noter : Si l'urgence est caractérisée et que le risque d'un acte grave est imminent, le juge peut prononcer une sauvegarde de justice dans l'attente d'une curatelle ou tutelle, et désigner un mandataire spécial pour accomplir un acte déterminé (par exemple, bloquer un compte bancaire).

Tutelle, curatelle, sauvegarde de justice et habilitation familiale : comment choisir ?

Face à un proche vulnérable, le choix de la mesure dépend de son degré d'autonomie et du risque auquel il est exposé. Ce guide de décision, par étapes, vous aide à identifier la protection la plus adaptée.

  • Le majeur a toute sa tête mais subit un accident ou une hospitalisation soudaine : la sauvegarde de justice est la réponse. Elle protège temporairement sans entraver l'autonomie.
  • Le majeur présente des troubles cognitifs légers, oublie de payer ses factures, se fait parfois abuser : la curatelle simple est le bon curseur. Le curateur l'assiste pour les actes importants sans gérer son quotidien.
  • Le majeur ne peut plus gérer son budget, ses comptes sont en désordre, il accumule les dettes : la curatelle renforcée permet au curateur de percevoir ses revenus et de régler ses dépenses.
  • Le majeur n'est plus capable d'exprimer une volonté cohérente, son état est gravement altéré : la tutelle est la seule mesure qui protège totalement. Le tuteur le représente intégralement.
  • La famille est unie et souhaite éviter une mesure judiciaire lourde : l'habilitation familiale, accordée par le juge, permet à un proche d'assister ou représenter le majeur sans tutelle ni curatelle. Pour approfondir ce régime, lisez notre guide tutelle, curatelle et habilitation familiale : quel régime choisir.

L'habilitation familiale : une alternative sans juge des tutelles ?

Introduite par l'ordonnance du 15 octobre 2015, l'habilitation familiale permet à un proche (descendant, ascendant, frère, sœur, conjoint, partenaire de Pacs, concubin) d'être habilité par le juge des contentieux de la protection pour assister ou représenter le majeur. Contrairement à la tutelle ou à la curatelle, elle ne crée pas de régime permanent : le proche habilité agit dans le cadre défini par le jugement.

L'habilitation familiale n'est pas une mesure « sans juge ». Le juge intervient au début pour l'accorder, mais ensuite le contrôle est allégé : pas de compte de gestion annuel à rendre, pas d'inventaire obligatoire du patrimoine. La durée maximale est de 10 ans, renouvelable. Cette souplesse en fait une alternative précieuse dans les familles où la confiance règne et où le patrimoine est modeste.

La condition essentielle : l'adhésion de la famille. Le juge vérifie que les proches sont d'accord sur le choix de la personne habilitée. Si un conflit familial existe, le juge préférera ouvrir une curatelle ou une tutelle avec un mandataire professionnel.

Le mandat de protection future : anticiper avant la perte d'autonomie

Le mandat de protection future permet à toute personne de désigner à l'avance la ou les personnes qui veilleront sur elle et sur ses biens si elle devient un jour vulnérable. Il s'établit par acte notarié (le plus protecteur) ou sous seing privé. Il prend effet lorsque le mandant n'est plus en état de pourvoir seul à ses intérêts, sur présentation d'un certificat médical au greffe du tribunal.

L'avantage est considérable : le mandataire désigné peut agir immédiatement, sans attendre une décision du juge. Pas de requête, pas d'audience, pas de contrôle judiciaire systématique. Le mandat de protection future évite ainsi le recours à la tutelle ou à la curatelle. Il est particulièrement recommandé aux personnes diagnostiquées avec une maladie neurodégénérative (Alzheimer, Parkinson), qui peuvent l'établir tant qu'elles conservent leurs facultés.

Pour les aidants qui anticipent la perte d'autonomie d'un parent, c'est un outil à connaître. Il complète utilement les mesures de protection juridique en pratique.

Points clés

  • Trois mesures judiciaires existent : sauvegarde de justice (temporaire), curatelle (assistance), tutelle (représentation) : auxquelles s'ajoute l'habilitation familiale comme alternative non judiciaire.
  • Le juge des contentieux de la protection n'ouvre une mesure que si l'altération des facultés est médicalement établie et qu'aucune solution moins contraignante ne fonctionne (principe de subsidiarité).
  • Sous sauvegarde de justice, le majeur agit seul : ses actes ne sont pas bloqués mais peuvent être contestés a posteriori : une différence majeure souvent mal comprise par les familles.
  • La requête en protection juridique coûte 192 € (service-public.gouv.fr, 2026). Le certificat médical circonstancié, pièce obligatoire, est à la charge du demandeur.
  • Le mandat de protection future permet d'anticiper sa propre protection ou celle d'un proche avant toute perte d'autonomie, évitant ainsi le recours au juge.

Sources

Fiche pratique

Coût de la requête192 € (service-public.gouv.fr, 2026)
Durée sauvegarde de justice1 an, renouvelable une fois
Durée curatelle / tutelle5 ans (ou 10 ans si état irréversible), renouvelable
Certificat médicalÉtabli par un médecin agréé (liste disponible au tribunal judiciaire)
Qui peut saisir le juge ?Le majeur, son conjoint/partenaire/concubin, un parent, un allié, le procureur de la République, ou toute personne entretenant des liens étroits et stables
Base légaleArticles 425 et suivants du Code civil (loi du 5 mars 2007 réformant la protection juridique des majeurs)
Outil officielService-public.gouv.fr : dossier « Protection juridique des majeurs »

Ces informations sont données à titre indicatif et ne remplacent pas l'avis d'un conseiller financier. Étudiez votre situation avec un professionnel agréé avant de vous engager.

Questions sur les aides seniors

Quelles sont les principales différences entre la sauvegarde de justice, la curatelle et la tutelle ?

La sauvegarde de justice est une protection temporaire (1 an maximum) où le majeur conserve l'exercice de ses droits mais ses actes peuvent être contestés a posteriori. La curatelle instaure une assistance : le majeur agit seul pour les actes courants mais doit être assisté de son curateur pour les actes de disposition (vente, emprunt). La tutelle est la mesure la plus contraignante : le tuteur représente le majeur pour l'ensemble des actes de la vie civile. Ces trois mesures obéissent aux principes de nécessité et de subsidiarité posés par l'article 425 du Code civil.

Quelles sont les 3 mesures de protection juridique ?

Les trois mesures de protection juridique d'un majeur sont la sauvegarde de justice (protection temporaire, article 433 du Code civil), la curatelle simple ou renforcée (assistance pour les actes importants) et la tutelle (représentation totale). Il faut y ajouter l'habilitation familiale, mesure introduite par l'ordonnance du 15 octobre 2015, qui permet à un proche d'être habilité par le juge des contentieux de la protection sans instaurer de curatelle ni de tutelle.

Quels sont les 3 types de sauvegarde de justice ?

Il n'existe pas trois types de sauvegarde de justice : il s'agit d'une mesure unique. En revanche, elle peut être mise en place selon deux modalités distinctes : la sauvegarde de justice sur déclaration médicale (le médecin traitant adresse un certificat au procureur de la République) et la sauvegarde de justice sur décision du juge des contentieux de la protection (dans le cadre d'une instance en curatelle ou tutelle). Sa durée maximale est de 1 an, renouvelable une fois.

Qu'est-ce que la procédure de sauvegarde de justice ?

La procédure de sauvegarde de justice débute par un certificat médical circonstancié établi par un médecin agréé, constatant l'altération des facultés du majeur. Ce certificat est transmis au procureur de la République qui inscrit la déclaration au répertoire civil. Le majeur conserve l'exercice de ses droits, mais tout acte qu'il accomplit peut être annulé ou réduit pour lésion. La mesure prend fin à l'issue d'un délai maximal de 1 an, renouvelable une fois, ou si une curatelle ou une tutelle est ouverte entre-temps.

Quel est le coût d'une tutelle ou d'une curatelle ?

Le coût de dépôt d'une requête en vue d'une protection juridique (tutelle, curatelle, sauvegarde de justice ou habilitation familiale) est de 192 € selon service-public.gouv.fr (vérifié 2026). Ce montant peut être pris en charge par le majeur protégé si ses ressources le permettent. Des frais supplémentaires peuvent s'ajouter : certificat médical circonstancié (honoraires du médecin agréé, non remboursés par la Sécurité sociale) et éventuels honoraires d'avocat si le demandeur choisit d'être accompagné.

Sauvegarde de justice banque : quelles conséquences ?

Sous sauvegarde de justice, le majeur peut ouvrir et gérer seul un compte bancaire. La banque n'est pas informée de la mesure, sauf si le majeur l'en avise. Les actes bancaires accomplis (retraits, virements, souscription de produits) restent valables, mais peuvent être contestés a posteriori s'ils sont manifestement contraires aux intérêts du majeur. Sous curatelle, le majeur gère ses comptes seul pour les actes courants ; sous curatelle renforcée, le curateur perçoit les revenus et règle les dépenses. Sous tutelle, seul le tuteur (ou un mandataire judiciaire) gère les comptes.